Millésime 2015 : un grand parmi les grands !

 

L’année 2015 fut la 3ème année la plus chaude en France depuis 1900 derrière 2011 et 2014. L’année de tous les records et avec un déficit hydrique de plus de 10%, 2015 est dans le top 10 des années les plus sèches à Bordeaux ; le décor est ainsi planté.

La Construction d’un grand millésime bordelais nécessite la validation d’un certain nombre d’étapes durant le cycle végétal. Pour cela, reprenons les grandes étapes de construction de cette fameuse récolte 2015.

- 1ére étape : Un printemps magnifique sur l’ensemble du vignoble bordelais favorisant un débourrement régulier et rapide.

- 2éme étape : Les mois de juin et juillet furent chauds et secs, atteignant même à de nombreuses reprises des pics de températures proches des 35°C. Des conditions idéales pour une floraison homogène et très rapide (+/- 10jours) sur l’ensemble du vignoble début juin, une bonne nouaison et une fermeture de grappes sans encombre ni maladie.

- 3éme étape : Le stress hydrique de la mi-juillet aura pour effet bénéfique de stresser gentiment la vigne en lui rappelant qu’elle était une plante méditerranéenne. Cette absence en eau aura également eu pour effet positif de générer un arrêt de croissance de la plante.

- 4éme étape : la bénédiction des pluies du mois d’aout ! Laissant apparaitre des signes de flétrissements avancés, les merlots commençaient à s’essouffler en cette fin juillet. La situation commençait à devenir critique par endroits lorsque comme par enchantement les premières pluies début août ont eu comme effet immédiat de relancer et d’accélérer la véraison, replaçant ce millésime dans la course à la précocité.

- 5éme étape : Fin août jusqu’aux vendanges des rouges mi-septembre, la  vigne sera belle, saine sans trace apparente de maladie. Le feuillage est bien vert, la plante abondamment hydratée par endroits comme dans le nord médoc. Le temps est plus frais que d’habitude durant ce mois de septembre, préservant ainsi le potentiel aromatique des raisins. Les premiers contrôles de maturité sont homogènes et laissent entrevoir des degrés un peu élevés mais pas autant qu’en 2009 et 2010 ; autre bonne nouvelle : la  récolte s’annonce relativement généreuse.

- 6éme étape : Des vendanges précoces. L’avance prise au printemps et au début de l’été se maintient. Les vendanges ont pu commencer avec 15jrs d’avance. Le ramassage de la récolte va se dérouler dans une grande sérénité permise par des conditions météos de nouveau optimales. Les cabernets sauvignons pouvant ainsi être poussés dans leur maturité pour atteindre une onctuosité qu’on attend d’eux dans la construction d’un grand millésime.

Mis à part une humidité et une fraîcheur peu habituelles début septembre, les conditions du millésime 2015 furent excellentes, validant ainsi la construction étape par étape d'un grand millésime comme Bordeaux aime en produire.

Le millésime 2015 se caractérise ainsi par la puissance de ses cabernets sauvignons dont le toucher reste sublime et tout particulièrement à Margaux et Pessac-Léognan. Les merlots quant à eux sont superbes sur la rive droite où la pluviométrie de septembre a été modérée. Pomerol semble tirer très avantageusement son aiguille du jeu cette année. Autre effet bénéfique du millésime, la relative générosité des rendements qui le rend 2015 encore un peu plus plantureux et désirable. Contrairement aux 2009 et 2010, le millésime 2015 laisse apparaitre un degré alcoolique moyen plus modéré (13.50/14 degrés) comparable à celui de 2012, ce qui est aussi une bonne nouvelle pour son aptitude prolongée au vieillissement.

Pour ce qui est des blancs, ils sont assez expressifs avec des arômes complexes de fruits blancs et de fruits exotiques, le plaçant un peu dans la même sève que le millésimée 2010, avec la tension en moins. Les sémillons ont, quant à eux, quelque peu souffert des pluies de début septembre, sans toutefois altérer la qualité organoleptiques des jus produits. Comme sur les rouges, les degrés se situent à la charnière des 14 degrés sans jamais vraiment les dépasser. En revanche les rendements restent plus modestes qu’en rouge (+/-40Hectos/HA) ; les sauvignons blancs n’ayant pas pour habitude de se produire en nombre ; sans compter que le stress hydrique de juillet et la précocité du millésime auront été deux faits aggravants sur la faiblesse du volume produit en blanc.

En conclusion, il semblerait que la viticulture bordelaise soit unanime sur la grande qualité de ce 2015. Toujours plus facile de comparer que d’analyser, la tentation nous pousse à le comparer aux 2 mythes vivants que sont 2009 et 2010, avec peut-être une touche du classicisme du superbe 2005.

Une chose est sûre ce millésime a déjà l’étoffe d’une grand année ; pour le reste l’élevage et l’épreuve du temps feront leur œuvre pour le classer au panthéon des grands millésimes bordelais.